Chantilly Arts & Élégance - Richard Mille 2026
Textes et photos par Valentin Bourgeois.
En 2014, Peter Auto faisait renaître l’art du concours d’élégance à la française avec un événement inédit au cœur du fabuleux château de Chantilly. La recette était simple, mais efficace : réunir automobiles anciennes d’exception, concept cars et mode dans le cadre somptueux du domaine. Douze années plus tard, la formule a évolué, tout comme l’industrie automobile, qui a traversé entre-temps une crise majeure et de profondes transformations. Peut-on toujours apprécier ce délicieux cocktail mêlant automobiles historiques et créations contemporaines, tout en profitant d’une superbe garden party ? C’est ce que nous allons voir dans ce reportage !
Jour 1 : Le rallye Le Nôtre
Depuis plusieurs années déjà, l’événement démarre dès le samedi avec un rallye bucolique dans les environs du pays d’Aumale. Baptisé « Le Nôtre », en hommage à l’architecte et dessinateur des jardins du château de Chantilly, il met en route de nombreuses automobiles que l’on retrouvera le lendemain sur les pelouses du concours. Particulièrement éclectique cette année, le plateau réunissait notamment toute une horde de Bugatti modernes, mais aussi quelques-unes des plus anciennes Delahaye, Lamborghini ou Ferrari. Commençons non loin du circuit d’essais de Mortefontaine, à la poursuite des rayons du soleil de cette matinée de septembre !
Naturellement, je passe en mode « Tour Auto » et enchaîne les spots grâce au road book récupéré le matin même. Une véritable course contre les voitures s’engage alors : le rallye ne s’étend que sur une centaine de kilomètres, parcourus en à peine trois heures. Il faut donc garder un œil attentif sur le tracé, anticiper les passages et couper leur route pour parvenir à rattraper les participants après chaque spot !
Au détour d’une intersection, le doute s’installe : rester ici ou emprunter cette minuscule route accidentée qui s’enfonce dans le sous-bois ? Le pari est pris. Je m’engage sur ce chemin forestier avec un seul objectif en tête : tenter de retranscrire cette ambiance de fin d’été, où les premières feuilles mortes parsèment déjà le bas-côté… Autant vous dire que la vitesse, toute relative, des voitures rend quasiment impossible le moindre filé. Mais l’ambiance, elle, vaut largement le coup !
Bien sûr, ce « petit rallye » touche rapidement à sa fin et, malgré tous mes efforts pour rattraper les voitures, cette épingle sera finalement mon dernier spot de la journée. Retrouvons les concurrents au Polo Club de Chantilly, où les propriétaires se rassasient tandis que leurs montures se prélassent au soleil…
L’après-midi est ensuite dédiée à un second rallye, celui dit « du Connétable ». Dédié aux clubs et aux collectionneurs, il emmène les passionnés sur une boucle de 120 kilomètres autour du château de Chantilly. Mais pour ma part, c’est bien vers ce dernier que je me dirige, car les jurés du concours s’apprêtent à entrer en action pour évaluer les automobiles engagées au concours d'état.
Premières déambulations dans le concours d'état...
À mon arrivée au château, ce sont des pelouses baignées de soleil que je découvre, où prennent place les autres participants au Concours d’État. Car à Chantilly, lorsque l’on parle de concours d’élégance, on s’intéresse aux automobiles modernes, tandis que son pendant « d’État » est bel et bien dédié à ces classiques que l’on apprécie tant. Vous venez avec moi ? Je vous emmène pour une première visite !
Continuons notre déambulation avec un alignement pour le moins original : voici les deux Taruffi Italcorsa « Tarf ». Conçues selon le principe du « Bisiluro », littéralement « double torpille » en italien, elles avaient pour objectif de battre des records de vitesse. Celle de gauche, la Tarf II produite en 1951, a notamment dépassé les 300 km/h. Elle se pilotait à l’aide de manettes plutôt qu’avec un volant, tandis que ses ailes arrière étaient équipées de gouvernails afin de limiter l’impact du vent sur l’aérodynamique. Au fond, l’O.S.I. Silver Fox, leur descendante plus moderne et dotée d’un cockpit fermé, reprend elle aussi ce même principe de double torpille !
Un dernier pêle-mêle de quelques voitures au détour d’une pelouse, puis il est temps de rentrer se préparer pour le grand jour : le dimanche et son lot d’activités.
Jour 2 : un dimanche champêtre à la campagne !
C’est de bonne heure (et de très bonne humeur) que j’arrive à Chantilly le lendemain, prêt à découvrir ce que Peter Auto a prévu pour animer cette journée de défilé, de remise des prix et de garden party. Commençons avec l’exceptionnelle lignée Bugatti, partenaire majeur de l’événement, avant qu'elles ne soient rapidement prises d’assaut par les car spotters…
Avant l’ouverture au public, on se croirait presque dans un monde sans lendemain : des voitures oubliées, presque seules. Dommage que le ciel ait décidé de se couvrir quelques minutes avant l’aube, nous aurions sûrement pu profiter de somptueuses lumières au lever du soleil…
Pas de soleil, pas besoin de courir : attardons-nous sur quelques modèles bien choisis avant que le public n’arrive !
Alors que le public a déjà bien pris possession des lieux, rendons-nous chez le constructeur Denza, partenaire de l’événement, qui présente toute sa lignée de Z : 100 % électriques, coupé, cabriolet ou encore version piste. Il y en a pour tous les goûts et je dois avouer que le design est plutôt agréable à l’œil. Leurs voisins, Moteur & Sens, présentent de leur côté une Aston Martin Valhalla ainsi qu’une Alpine A110 R Ultime entièrement personnalisée. Et, là encore, c’est de très bon goût !
Un rapide tour par l’esplanade du château et sa 917/10, puis l’on redescend vers le miroir central pour une parade, que dis-je, une véritable représentation de Bugatti ! L’ensemble des modèles présents sur l’événement, qu’ils soient issus de l’ère Ettore, Volkswagen ou Rimac, défile alors sur le rond central. Une véritable démonstration de force pour celle qui, depuis toujours, est associée à certaines des automobiles les plus prestigieuses au monde !
Les parades s’enchaînent : voici le F40 Tribute par Charles Pozzi. À l’occasion du 40e anniversaire de la conception du modèle, quatre exemplaires s’offrent le miroir central, sous les explications en italien de leur designer, Pietro Camardella. Un moment fort en émotions, où la voix tremblotante de Pietro nous confie qu’il n’aurait jamais imaginé voir cette voiture atteindre un tel statut de légende.
Très vite, il est temps de se tourner vers les clubs, toujours présents en nombre dans les parcs du château. Une seule règle pour le Grand Prix qui leur est dédié : transformer l’espace d’exposition en une véritable Garden Party à la française, autour d’un pique-nique bien fourni, avec des tables parfois mieux dressées qu’au restaurant !
L’après-midi est ensuite dédié au Concours d’État, où chaque classe, et presque chaque voiture, a droit à son heure de gloire autour du miroir central. J’ai volontairement choisi de ne pas couvrir chaque défilé cette année : le château n’ayant pas nettoyé la fontaine, tandis que le public s’amassait sur plusieurs rangées, il était finalement préférable de se tenir à l’écart pour profiter de vues plus éloignées. Toutes les voitures rejoignent le défilé par leurs propres moyens et effectuent donc quelques tours des pelouses en attendant leur passage. Parfait pour capturer quelques clichés originaux !
Pour les plus assidus d’entre vous, un élément clé de l’événement vous a peut-être paru manquer. Depuis la première édition, le concours d’élégance mettait en avant les concept cars, modèles uniques ou supercars des constructeurs, souvent associés à une grande maison de couture. Mais en cette année 2026, les constructeurs ont littéralement disparu du concours.
De près d’une dizaine de participants lors de certaines grandes éditions à seulement trois cette année, le concours d’élégance s’est finalement transformé en une simple classe, tout en abandonnant au passage les maisons de couture. C’est bien dommage, car cette association incarnait à merveille le savoir-faire français en matière de mode, de haute couture et de luxe.
Difficile de ne pas y voir le reflet d’un marché automobile devenu particulièrement morose, même si les raisons précises de cette évolution sont certainement multiples. Les contraintes budgétaires permettent-elles encore aux constructeurs de proposer de véritables concept cars comme ceux qui ont longtemps fait les beaux jours de Chantilly ? La question mérite d’être posée.
Peter Auto n’y est donc pour rien et, pour cette raison, accordons une mention spéciale à Alpine, présente avec le seul concept car du week-end : l’A290 Rallye Lacoste.
De près d’une dizaine de participants lors de certaines grandes éditions à seulement trois cette année, le concours d’élégance s’est finalement transformé en une simple classe, tout en abandonnant au passage les maisons de couture. C’est bien dommage, car cette association incarnait à merveille le savoir-faire français en matière de mode, de haute couture et de luxe.
Difficile de ne pas y voir le reflet d’un marché automobile devenu particulièrement morose, même si les raisons précises de cette évolution sont certainement multiples. Les contraintes budgétaires permettent-elles encore aux constructeurs de proposer de véritables concept cars comme ceux qui ont longtemps fait les beaux jours de Chantilly ? La question mérite d’être posée.
Peter Auto n’y est donc pour rien et, pour cette raison, accordons une mention spéciale à Alpine, présente avec le seul concept car du week-end : l’A290 Rallye Lacoste.
La Denza Z Spider aura ainsi droit à son heure de gloire en défilant sous les yeux des spectateurs, parfois sceptiques face à cette proposition électrique venue de Chine. Une chose est sûre : avec 1 604 ch pour défiler, c'est même un peu plus qu'il n'en faut !
Nouveauté cette année, après le traditionnel show équestre, un véritable feu d’artifice en plein jour offre un nuage de fumée colorée, parfait pour donner aux photos un petit aspect vintage… sans la moindre retouche !
Le moment que nous attendons tous est arrivé : c’est l’heure de couronner la crème de la crème de l’événement. À Chantilly, ce n’est pas un Best of Show qui est couronné, mais bien trois : « Concept Cars », avant-guerre et après-guerre. Un prix spécial vient même récompenser un véhicule en particulier. Et les vainqueurs sont…
Un ultime passage pour apprécier les oubliées, ou simplement revoir les favorites…
La Bugatti Brouillard, exemplaire unique du Programme Solitaire dont les lignes s’inspirent de la Mistral, est finalement seule après une journée entourée de spectateurs. Son nom rend hommage au cheval favori d’Ettore Bugatti, un pur sang qui lui était particulièrement cher. Ses clés ont été remises à son heureux propriétaire lors de ce week-end de Chantilly, qui repartait également avec un prestigieux titre de Best of Show !
Après la fermeture au public, c’est l’heure des séances photos ! La Ferrari 410 Superfast, Best of Show après-guerre, prend la pose devant le château pour fêter son titre, presque 70 ans jour pour jour après sa présentation au Salon de Paris en 1956. Une belle récompense pour cet exceptionnel exemplaire unique, spécialement ramené des États-Unis pour l’occasion.
Un dernier passage par l’esplanade du château désertée, où les Formule 1 du M24 – Musée du Sport Automobile du Mans sont laissées seules autour de la statue en bronze d’Anne de Montmorency. On y retrouve aussi une vieille amie : la Porsche 917-043 « Hippie » !
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Nous nous demandions en début de reportage si la profonde mutation du marché des véhicules neufs ne pouvait pas avoir un impact sur Chantilly. Si, d’habitude, nous sommes plutôt demandeurs d’événements où les automobiles anciennes sont les principales actrices, Chantilly faisait justement partie de ceux qui accordaient aussi une place particulière aux plus modernes, qu’elles soient thermiques, électriques ou même de simples études de style.
La disparition du concours d’élégance, remplacé par une simple classe, n’est donc pas anodine : elle retire une partie de l’identité de l’événement, tandis que l’omniprésence de Bugatti vient, en partie, compenser cette absence. Ne vous y méprenez pas pour autant : l’événement reste une belle réussite, avec un plateau de qualité pour les anciennes, des clubs toujours aussi fournis et, bien évidemment, le somptueux écrin de Chantilly. Mais alors que le concours d’élégance de la Villa d’Este, ou même The Quail lors de la Car Week californienne, sont régulièrement le théâtre de premières mondiales, Chantilly Arts & Élégance perd cette année une partie de son âme. Peut-être temporairement seulement. Espérons qu’en 2028, pour la prochaine édition, les constructeurs répondront de nouveau à l’appel afin de faire renaître un véritable concours d’élégance, mêlant comme autrefois patrimoine, création automobile et haute couture française. Une chose est sûre, nous reviendrons passer un dimanche champêtre à Chantilly ! |












































































