Spa Six Hours 2025
Textes et photos par Valentin Bourgeois.
Il y a des traditions que l'on n’explique pas, et d’autres que l'on cultive. Depuis 2014, Spa Six Hours fait partie des miennes. Cette année marque ma huitième venue, un pèlerinage mécanique que je m’impose presque naturellement, comme un dernier battement de cœur avant de tirer le rideau sur ma saison automobile. Je pourrais dire que j’y reviens pour les voitures, l’ambiance, le tracé mythique… Mais au fond, j’y retourne parce que j’aime ça. Dans la brume des Ardennes, tout recommence et tout se termine à la fois. J'y retrouve d'anciennes connaissances, j'en découvre de nouvelles et le lieu parvient encore à me surprendre. Il était une fois, l'édition 2025 de Spa Six Hours.
Vendredi soir. La lumière décline sur le circuit de Spa-Francorchamps. Dans les stands historiques, les anciennes s'alignent, prêtes à entrer dans l'arène : les qualifications vont commencer sous un temps idéal. Dans un instant, 79 machines prendront la piste, à la recherche du centième de seconde.
18 heures 20 minutes, le drapeau passe au vert. Les Ford GT40 s'élancent dans ce que le commun des mortels appellerait un vacarme, mais pour moi, c'est une mélodie. Je me dirige vers le muret des stands, pour être au plus près de l'action et immortaliser l'arrivée dans l'impressionnant Raidillon.
Arrivé au Bus Stop, le ciel se transforme en un tableau irréel. Rose vif, oranges flamboyants, nuages peints comme si Spa lui-même voulait nous surprendre : jamais je n’avais vu quelque chose d’aussi spectaculaire ici. Les voitures filent encore en contrebas, mais tout semble suspendu, comme si le temps s’était arrêté pour admirer le spectacle. Puis, le ciel disparaît, les qualifications s'arrêtent. C'est l'heure de prendre soin des voitures avant la course, le lendemain.
Le lendemain, la mise en grille est d'une toute autre ambiance : des voitures partout, des mécaniciens pressés, des pilotes concentrés. Martin Brundle prendra le départ et je me rends dans la tribune spectateur, prêt à immortaliser la sortie de La Source.
Peu avant 16 heures, le drapeau passe au vert. Installé dans les tribunes pour une meilleure immersion, je suis prêt à mitrailler la horde de GT40 sortant de La Source. L'inévitable se produit : trop de voitures au même endroit, un passage par le bac à sable, un retour en piste précipité et une voiture termine dans le mur. Safety car.
L'Eau Rouge, on ne la voit jamais mais on l'entend souvent. Ce ruisseau passe sous le circuit, au pied du Raidillon, et donne son nom à cette corde qui se prend presque à fond.
Au virage des Combes, la lumière décline et les ombres s’allongent. Une navette média absente me fait perdre une heure de photographie, mais ma volonté de capturer l’événement reste intacte. La vitesse d’obturation ralentit, les points de vue se multiplient. Le contraste est saisissant, et les images deviennent de plus en plus belles.
Comme la veille, c'est lorsque la nuit tombe que le ciel s'embrase. Au virage de Rivage, les nuages menaçants viennent couvrir les sublimes couleurs orangées de la fin de journée. Très vite, les seules lueurs sont celles des disques de freins incandescents, et les phares déchireront la nuit noire.
Retour dans les paddocks pour les derniers arrêts aux stands. Il reste moins d'une heure de course et je joue avec les lumières, les phares et les disques à La Source. Nous voici plongés dans les années d'or, seul mon flash me dévoile les silhouettes plongées dans l'obscurité. Les derniers tours s'égrènent, l'arrivée se profile, les accolades et les sourires célèbrent chaque victoire. Le circuit redevient calme, la course a rempli ses promesses et déjà, on pense à revenir.
À la fin, c'est comme une boucle temporelle qui se referme : la Ford GT40 n°7 de Diogo Ferrao et Martin Stretton s'impose, ce dernier pour sa cinquième fois, 11 ans après sa dernière, c'était lors de ma première visite en 2014... Derrière, une inarrêtable Ginetta G4R à 1 minutes et 28 secondes, devançant une autre GT40. L'histoire de l'épreuve s'écrit aussi dans les classements.
Les courses support - GT3 Legends
Pour sa première apparition en tant que course support, le GT3 Legends n'a pas démérité. 15 voitures, produites entre 2006 et 2012, se livrant une bataille sans merci sur le tracé des Ardennes. Les livrées sont colorées, les moteurs chantent et on les découvre même lors d'une inédite course nocturne, nous plongeant dans les 24 heures de Spa de l'époque.
Le lendemain, une seconde course de 50 minutes permet d’apprécier ces monstres de puissance à la lumière du jour. Alignées sur la grille, les GT3 Legends se préparent à en découdre une nouvelle fois, comme si la bataille nocturne n’avait fait que les échauffer. Rapides, bruyantes, insatiables, elles offrent une action dense où chacun pousse la machine au bout de son potentiel. Un plateau splendide, vivant, qui rappelle pourquoi ces GT3 ont marqué leur époque.
Classic GP - Historic F1 Pre-86
Le Lion est mort à Spa. Elles étaient jadis plus de vingt en piste, mais cette année, seules trois monoplaces ont répondu présent. Comme si l’effet de sol, les moteurs hurlants et les exploits de pilotage avaient tiré leur révérence, laissant derrière eux un écho lointain d’une époque révolue. Alors, quand les hauts-parleurs du circuit se mettent à diffuser Pow Wow en pleine course, la larme n’est plus très loin.
Alfa Revival Cup
Changement radical de décor avec l’Alfa Revival Cup, qui aligne Giulia GTAm, Giulia Sprint GTA ou encore Giulia Super. Les voitures sont pilotées comme à l’époque : en travers, sur deux ou trois roues, toujours à la limite. Un plateau qui déborde d’énergie, de sueur mécanique et de pilotes qui ne lâchent rien — un pur bol d’adrénaline.
Youngtimer Touring Car Challenge - YTCC
Nouveau venu dans les courses support de Spa Six Hours, le YTCC célèbre celles dont la côte ne cesse de grimper : les youngtimers. La majorité des voitures sont modifiées pour la piste, mais quelques pépites se distinguent : une Chevrolet Cruze RML WTCC, une M3 E30 Groupe A ou encore une Ford Escort Zakspeed. Un plateau surprenant, à mi-chemin entre nostalgie et passion mécanique.
Historic F3 European Trophy
Et si l'on transformait le Raidillon en toile vivante ? Livrées éclatantes, monoplaces minuscules et vitesse d'obturation sous la seconde pour immortaliser ces petites mais vaillantes monoplaces !
Pre-War Sports Cars
Une fenêtre ouverte sur un autre temps. Bentley, Bugatti, Frazer Nash, chaque passage reproduit l'audace des pilotes d'autrefois, où la mécanique pure et simple ne faisait qu'une avec le pilote. Un volant, un moteur, quatre roues : sans artifice, le plaisir absolu.
Ambiance de paddocks et séries aléatoires
Pour clore ce week-end, un pêle-mêle d’instants glanés au détour des paddocks. Des voitures que l’on n’avait pas encore vues, des détails volés, et une Gordon Murray T50. Une dernière respiration de magie mécanique avant de fermer le rideau de ce reportage, entre émerveillement et fascination.



































































































































